248 Page 253Le Comte de Monte-Cristo, Tome IVVillefort ne se coucha point en même temps que les autres, et travailla jusqu'à cinq heures du matin à revoir les derniers interrogatoires faits la veille par les magistrats instructeurs, à compulser les dépositions des témoins et à jeter de la netteté dans son acte d'accusation, l'un des plus énergiques et des plus habilement conçus qu'il eût encore dressés. C'était le lendemain lundi que devait avoir lieu la première séance des assises. Ce jour-là, Villefort le vit poindre blafard et sinistre, et sa lueur bleuâtre vint faire reluire sur le papier les lignes tracées à l'encre rouge. Le magistrat s'était endormi un instant tandis que sa lampe rendait les derniers soupirs : il se réveilla à ses pétillements, les doigts humides et empourprés comme s'il les eût trempés dans le sang. Il ouvrit sa fenêtre : une grande bande orangée traversait au loin le ciel et coupait en deux les minces peupliers qui se profilaient en noir sur l'horizon. Dans le champ de luzerne, au-delà de la grille des marronniers, une alouette montait au ciel, en faisant entendre son chant clair et matinal. L'air humide de l'aube inonda la tête de Villefort et rafraîchit sa mémoire. polo ralph lauren big pony
«Ce sera pour aujourd'hui, dit-il avec effort ; aujourd'hui l'homme qui va tenir le glaive de la justice doit frapper partout où sont les coupables.» Ses regards allèrent alors malgré lui chercher la fenêtre de Noirtier qui s'avançait en retour, la fenêtre où il avait vu le vieillard la veille. Le rideau en était tiré. Et cependant l'image de son père lui était tellement présente qu'il s'adressa à cette fenêtre fermée comme si elle était ouverte, et que par cette ouverture il vit encore le vieillard menaçant. «Oui, murmura-t-il, oui, sois tranquille ! » Sa tête retomba sur sa poitrine, et, la tête ainsi inclinée, il fit quelques tours dans son cabinet, puis enfin il se jeta tout habillé sur un canapé, moins pour dormir que pour assouplir ses membres raidis par la fatigue et le froid du travail qui pénètre jusque dans la moelle des os. Peu à peu tout le monde se réveilla. Villefort, de son cabinet, entendit les bruits successifs qui constituent pour ainsi dire la vie de la maison : les portes mises en mouvement, le tintement de la sonnette de Mme de Villefort qui appelait sa femme de chambre, les premiers cris de l'enfant, qui se levait joyeux comme on se lève d'habitude à cet âge. polo ralph lauren CVIII. Le juge.249 Page 254Le Comte de Monte-Cristo, Tome IVVillefort sonna à son tour. Son nouveau valet de chambre entra chez lui et lui apporta les journaux. En même temps que les journaux, il apporta une tasse de chocolat. «Que m'apportez-vous là . demanda Villefort. polo ralph lauren
Une tasse de chocolat. Je ne l'ai point demandée. Qui prend donc ce soin de moi . Madame ; elle m'a dit que monsieur parlerait sans doute beaucoup aujourd'hui dans cette affaire d'assassinat et qu'il avait besoin de prendre des forces.» Et le valet déposa sur la table dressée près du canapé, table, comme toutes les autres, chargée de papiers, la tasse de vermeil. Le valet sortit. Villefort regarda un instant la tasse d'un air sombre, puis, tout à coup, il la prit avec un mouvement nerveux, et avala d'un seul trait le breuvage qu'elle contenait.
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